Revue de presse « Hélène de Montegroult – Edna Stern »


 

Edna Stern, piano- Éditions OrchidMusics (ORC100063 – février 2017 | T.T. 53’19 ).

Enregistré sur un piano Pleyel de 1860 (collection du Musée de la Cité de la musique à Paris)

Ce disque est disponible à la vente chez votre disquaire ou chez l’éditeur.

 

 

  • Dans un album à paraître ce vendredi, la pianiste Edna Stern lève le voile sur cette compositrice oubliée, à l’héritage pourtant essentiel.

    Et si le père de l’école pianistique française était… une mère ? C’est l’une des questions qu’inspire la lecture de La Marquise et la Marseillaise de l’historien Jérôme Dorival. Parue il y a dix ans aux éditions Symétrie, cette passionnante biographie replaçait sur le devant de la scène une interprète et compositrice injustement oubliée de l’histoire, bien que figure charnière dans l’évolution de la musique: Hélène de Montgeroult.

    Aristocrate lyonnaise, Montgeroult fut l’élève, entre autres, de Muzio Clementi. Ses talents précoces auraient subjugué de nombreux artistes et intellectuels de son temps, dont Choderlos de Laclos ou Élisabeth Vigée Le Brun. Arrêtée avec son premier mari alors qu’ils tentaient de fuir la Révolution française, elle réchappa en improvisant devant le Comité de salut public d’innombrables variations sur le thème de La Marseillaise. En échange de sa libération, elle fut condamnée à travailler au Conservatoire de Paris, créé en 1795… et devint ainsi la première professeure de piano de toute l’histoire de l’institution, ainsi que l’une des pédagogues pionnières privilégiant l’expression et la ligne chantante sur la puissance d’exécution. Elle quittera ses fonctions trois ans plus tard, après avoir donné naissance à un fils, puis épousé le futur écrivain Charles His, dont elle divorcera presque aussitôt. Sans doute aussi séduisante que l’était sa musique, elle fut mariée par trois fois. Son dernier époux, le général d’Empire, Edouard Dunod de Charnage, avait dix-neuf ans de moins qu’elle !

    Musique d’anticipationCe n’est toutefois pas pour sa vie romantique que cette amie de Madame de Staël méritait de passer à la postérité, mais pour ses talents de compositrices visionnaire. Outre ses neuf sonates pour piano et ses mélodies chantées sur des poèmes de Métastase, Montgeroult est l’auteure d’un monumental Cours complet pour l’enseignement du pianoforte, vraisemblablement édité en 1816 mais utilisé bien avant cette date. On y trouve près de mille exercices, dont de nombreuses études potentiellement fondatrices pour tout le piano romantique. Notamment dans la synthèse parfaite qu’elles réalisent entre l’héritage baroque (notamment Jean-Sébastien Bach) et les futurs apports de Chopin, Schumann ou Mendelssohn.

    C’est ce que révèle le dernier album de la pianiste israélo-belge Edna Stern, paru aujourd’hui sous le label indépendant Orchid Classics. Consacré à douze de ces Études, complétées de la neuvième sonate, d’une fugue et d’un thème varié dans le genre moderne, il met à jour cet arc tendu, parfois étrangement paradoxal, entre la science du contrepoint et l’art du rubato à l’œuvre chez la musicienne. Comme si elle était le chainon manquant, en termes de « bien chanter » au clavier, entre le cantor de Leipzig et la génération 1810. Le choix, pour le disque, d’un Pleyel de 1860 emprunté au Musée de la musique, instrument tardif mais idéal pour Schumann ou Mendelssohn, ne fait que renforcer ce puissant sentiment de musique d’anticipation.

    D’ailleurs, si l’on sait désormais que le retrait d’Hélène de Montgeroult du Conservatoire fut motivé, entre autres, par la priorité accordée à ses collègues masculins, on sait aussi, grâce aux recherches de Dorival, que l’influence du Cours complet de Montgeroult ne s’arrêta pas au début du XIXe siècle. En 1878, Antoine-François Marmontel, professeur au conservatoire de Paris, citait encore l’ouvrage comme une référence absolue, en aucun cas surannée. Il y a donc fort à parier que ses élèves aient travaillé avec la méthode Montgeroult. Des élèves qui se nommaient Georges Bizet, Vincent d’Indy, Isaac Albéniz ou… Claude Debussy. (Thiérry Hillériteau, Le Figaro 10/02/17 page 31 « L’énigme Hélène de Montgeroult »)

  • Imaginez un compositeur, une femme, vivant à l’époque classique de la fin du XVIIIe siècle en France. Son pays est déchiré par une terrible révolution et de grandes idées révolutionnaires. Il est étonnant que la France, qui a produit de grands compositeurs à travers l’histoire de la musique, ne parvienne pas à produire une grande figure pendant les temps classiques. Ou peut-être qu’il a et nous ne savons pas à ce sujet. Il est difficile de ne pas voir les similitudes entre l’Étude révolutionnaire de Chopin et l’Étude n° 107 de Montgeroult, ou entre la pièce d’ouverture, la Fugue en fa mineur et la Fugue Op.35 / 1 de Mendelssohn. Hélène de Montgeroult écrivit et publia toute sa musique entre 1795 et 1812, avant ou juste au moment où Chopin et Mendelssohn sont nés. Il convient que les idées d’égalité de la Révolution française coïncident avec la vie d’une grande compositrice. Il convient que son importance et son influence dans l’histoire de la musique soient reconnues et que la surveillance soit corrigée. (Presto classical, 15/01/17)
  • Il est vraiment déconcertant qu’elle ait été oubliée. Première professeure féminine au Conservatoire de Paris, elle fut aussi, comme le révèlent les recherches de Jérôme Dorival, un compositeur prolifique dont la musique surprenait souvent de son temps. Sa Neuvième Sonate ainsi que douze de ses nombreuses Études, et quelques variations pleines d’imagination, sont jouées ici avec chaleur et équilibre par Edna Stern sur un piano historique de Pleyel. Ces Études rapprochent un contrepoint rigoureux et une invention rhapsodique, parfois en même temps: L’étude N° 37 est comme le Prélude en do majeur de Bach, ré-imaginé par Schumann. Et l’étude en ut mineur de Chopin paraît moins révolutionnaire après avoir entendu l’Étude n° 107 de Montgeroult, qui l’anticipe de 20 ans. (The Guardian, 26/01/17)
  • a strikingly individual musical personality. (The Sunday Times, 05/02/17)
  • Si le nom d’Hélène de Montgeroult (1764-1836) n’est pas resté dans les mémoires, sa musique s’inscrit durablement dans l’oreille. Remarquablement charpentée, elle témoigne d’une des principales mutations développées au piano dans la période qui conduit du classicisme au romantisme. Edna Stern fait de chaque œuvre une révélation. (Le Monde, 15/02/2017)
  • Quand vous écoutez le disque si séduisant d’Edna Stern de la musique de Montgeroult, il est impossible de ne pas se demander comment elle a été si négligée. Voici un esprit créatif richement imaginatif, imprégné des gloires contrapuntiques de J.S. Bach comme, disons, Mendelssohn, anticipant même sur Chopin, comme l’indique le chercheur Jérôme Dorival dans ses notes du livret…. Les textures scintillent dans l’Étude n° 37, la mélodie parle éloquemment dans l’étude n° 26 et dans l’étude n° 107 en ré mineur : les nuances de l’Étude révolutionnaire de Chopin sont rendues évidentes. (BBC Music Magazine, 23/03/17)
  • La Sonate n° 9, op 5, de Montgeroult, musicienne rescapée de la justice révolutionnaire française et première professeure au Conservatoire de Paris, suggère aussi un profil musical singulièrement personnel. Douze études captivantes, un beau Thème varié dans le genre moderne et une fugue en fa mineur loin d’être froide, complètent le récital-révélation et plein d’engagement de Stern, donné sur un Pleyel 1860 au timbre argentin. (Times’ Review)
  • Son biographe, Jérôme Dorival, estime que Montgeroult est «le chaînon manquant entre Mozart et Chopin». Un point discutable, mais essayez la troisième de ses trois sonates op. 5, publiées en 1811 [1805] et cela devient une déclaration raisonnable. En tout cas, Chopin doit sûrement avoir connu son magnifique opus, le Cours complet pour l’enseignement du pianoforte (plus de 700 pages, dont 114 Études, publié en 1816), et, en particulier, l’Étude n ° 107 en ré mineur, un banc d’essai pour cette étude Révolutionnaire. (The Gramophone, 24/03/17)

 

 

 

 

 

 

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